Cocotte et le chien d'arrêt

Cocotte et le chien d'arrêt

Il reste encore quelques gibiers à plume sauvages.

Le petit gibier naturel est en diminution en de trop nombreux coins de notre douce France. Il reste encore quelques gibiers à plume sauvages pour les courageux, équipés d'excellents chiens, mais on a le plus souvent recours à des lâchés afin de satisfaire la plus grandes majorités des porteurs du permis. Et seul le gibier d'élevage permet actuellement de bien pouvoir dresser un chien de chasse pratique, voire de concours. Le gibier naturel n'y suffirait plus, même dans les régions les plus favorisées.

Des difficultés à surmonter

Au chasseur qui souhaite chasser essentiellement du sauvage en plaine, montagne ou forêt, je déconseillerai de mettre son chien sur du "lâché", si ce n'est lors des premières leçons pour lui apprendre un peu de sagesse à l'envol, ou le rapport Au dressage, la solution offerte par ce gibier d'élevage n'est en effet pas toujours aisée avec certains chiens.

Avec des sujets manquant d'audace, peut-être trop arrêteurs sur l'émanation lointaine, ou les places chaudes, l'affaire sera vite entendue, ces chiens sont spectaculaires et le plus souvent faciles à dresser. Ils ont la hantise de faire voler et veulent surtout obéir et faire plaisir à leur dresseur. C'est bien, même très bien. Mais sont-ils les meilleurs chiens?

Prenons à contrario, le type de chien intelligent, bon arrêteur sans plus, "viandard" c'est sûr, et très audacieux surtout. Un tel animal même jeune, comprendra vite qu'on le met en présence d'oiseau avec lesquels il n'aura pas de grands efforts à faire pour s'en emparer lui-même, soit en les coiffant dans leur buisson, soit en se lançant dans une poursuite effrénée lors de leur envol. Et il n'est pas rare qu'il parvienne à les accrocher, ce qui demeure une leçon déplorable ! Pour ces chiens - lâ, il va falloir sévir, parfois même durement, pour leur faire admettre que les "cocottes" aussi faciles et vulnérables soient-elle, doivent quand même être respectées! 

On vilipende souvent ce type de sujets, prétendant qu'ils arrêtent mal, qu'ils sont trop "chauds", qu'ils font tout voler.... et qu'ils sont surtout très durs à dresser. Mais si, sur du gibier lâché, ces chiens donnent souvent bien du fis à retorde, ils sont généralement les meilleurs sur du gibier sauvage, par leur audace et leur esprit de décision. Mettez ces "rebelles" sur des oiseaux naturels, roublards et méfiants, et ils auront tôt fait de saisir que ce n'est plus la même musique et que, s'il faut conserver un mental de "prédateur" téméraire et déterminé, il faut aussi y mettre des manières et de la finesse, afin de les terrasser sans les effrayer. Ils comprendront vite qu'ils affrontent u adversaire digne d'eux.

Des chiens à " cocottes ".

Le jeune animal que l'on dresse sur caille ou autre gibier d'élevage, et qui, après sa prise d'émanation à bonne distance, veut s'approcher le plus possible de l'oiseau afin de le verrouiller presque sous la queue, quitte à s'en emparer, peut devenir un remarquable auxiliaire sur des oiseaux sauvages. Il faut par contre se méfier de ces chiens à l'arrêt cataleptique qui, enivrés par la moindre émanation ou l'incertaine place chaude, demeurent pétrifiés, sans vouloir couler dans certains cas. Certes, ces défauts peuvent se corriger avec de l'expérience et beaucoup de mises en présence. Mais il est rare que ces auxiliaires deviennent de grands chiens.

Ils déploient leurs modestes talents sur de la "cocotte", ou bien des oiseaux sauvages "facile" que se soit des petits coqs, des perdreaux ou des bécasses. Mais dès que ces gibiers deviennent roublards et méfiants, ils sont en déroute. Le maître, souvent, ne comprend pas pourquoi ce compagnon si prudent, si mesuré, si bien mis, ne parvient pas à lui faire tirer ces bécasses trop piéteuses, oi ces coqs vicieux. Mais c'est justement cette trop grande prudence, cette timidité, qui rendent ces auxiliaires timorés, face à des oiseaux qui "conduisent le bal" à leur guise! De l'audace et de la décision, voilà ce qui est indispensable à un chien pour ne point s'en laisser compter, et s'imposer face au roublards du bois, de la montagne, ou de la plaine. Et jamais le seul gibier d'élevage ne permettra de développer ces qualités mentales indispensables chez nos chiens d'arrêt! Reconnaissons-lui tout au plus le mérite de pouvoir dresser parfaitement. Le chien qui ne bouge point d'un centimètre à l'envol et à la chute d'un gros faisan ou qui, voyant ce défiler tel autre gibier à pattes sous son nez, n'esquisse pas le moindre mouvement de poursuite, est en effet une bête remarquablement mise. Mais ce n'est jamais un  dressage " au bouton " qui a rendu les chiens très efficaces.

Les chiens polyvalents

Le plus souvent, le chasseur traque ce qu'il trouve, quelques perdreaux sauvages à l'ouverture, puis de faisans de lâcher, en attendant les premières bécasses de fin octobre. Il demande de plus en plus à son chien d'être polyvalent, le gibier devenant rare. Et, parfois même, les oiseaux sans grand intérêt donnent du fil à retordre aux meilleurs chiens.

Un bon chien sur gibier sauvage ne risque-t-il pas d'être gâché par ces oiseaux de tirs? un animal adulte qui n'a jamais chassé que du naturel, assimilera les faisans ou autres volatiles de parquet à de la volaille et, le plus souvent, s'en désintéressera profondément dès les premiers contacts. Afin qu'il saisisse que c'est un nouveau gibier à chasser avec toutes les formes requises ( ou presque), il faut lui en casser quelques-uns sous le nez. généralement, la bête aura compris, se mettant à les chasser avec entrain, sinon grand enthousiasme.

Mais s'il est mal dressé ou un peu trop chaud, il saisira vite que ces gros oiseaux maladroits sont des proies faciles, dont il peut s'emparer lui-même sans l'aide de son maître. Il faudra alors que ce dernier sévisse avec plus ou moins de sévérité suivant le caractère de l'animal. Tout rentrera dans l'ordre rapidement, à part quelque rare cas de "rebelle" impossible à tenir sur un faisan. Dans ces cas-là, mieux vaut les laisser sur du sauvage auquel ils sont habitué depuis plusieurs saisons.

 Prenons le cas inverse du sujet habitué au seul gibier d'élevage, ( ce qui est le cas de beaucoup de chiens actuels), et avec lesquels on souhaite chasser du sauvage. Si le chien est encore jeune, trois à quatre ans, il prendra vite goût à ces oiseaux naturels, perdreaux en particulier. Si c'est une bête un peu mûre, plus de quatre à cinq ans, ce sera déjà plus délicat de l'accoutumer à des " scents" qu'il ignore complètement et il lui sera difficile de réapprendre toute une technique d'approche, de négociation, de verrouillage propre aux oiseaux sauvages.

En ce qui concerne la bécasse, c'est encore plus délicat, et j'ai vu des chiens habitués de longue date au gibier d'élevage, qui n'ont jamais pu arrêter une bécasse, tant cette odeur leur semblait étrangère, peu engageante, habitués qu'ils étaient à une odeur de volaille, qu'ils recherchaient toujours en priorité, où qu'ils se trouvent.

Quelques règles.

Alors que conseiller? Il faut surtout retenir qu'un jeune sujet est toujours imprégné fortement par les premières émanations qui ont éveillé en lui ses fonctions de chien d'arrêt, il s'en souviendra toute sa vie quoi qu'il advienne. Au spécialiste de la bécasse, et surtout à celui-là, je conseillerai vivement de ne conduire son jeune élève que sur ce noble gibier, à l'exclusion de tout autre, et de l'y amener tant qu'il ne lui aura pas prouver par quelques arrêts déterminants qu'il a bien le "scent" du scolopax dans le nez et qu'il réagit très bien face à cet oiseau. Il peut être assuré dès lors, qu'il possède un excellent bécassier, et pourra alors passer avec son compagnon à d'autres gibiers, naturels ou d'élevages, l'éducation bécassière étant faite.

A celui qui traque en priorité les oiseaux sauvages, les plus divers, de la perdrix à la bécassine, je conseillerai, là également, de mettre directement les jeunes sujets au contact de ses "oiseaux de vérité" , pour ne passer que plus tard,éventuellement, au gibier d'élevage. Avec le risque quand même de voir les chiens chasser ces oiseaux de tir moins d'enthousiasme et de brio....

Enfin, à celui qui par goût, ou par contrainte, ne chasse que du gibier laché, je n'ai pas de conseil à donner, si ce n'est d'essayer de trouver des oiseaux bien volants, robuste, à la défense honorable. Cela existe sur quelques chasses sérieuses et certains de ces oiseaux donnent même du fils à retorde à des chiens chevronnés.

Travailler l'intelligence

Il est intéressant d'observer, les aptitudes de recherche et de quête des chiens lorsqu'ils se trouvent face au gibier lâché ou face à celui vraiment sauvage.

Les faisans ou perdreaux, une fois libérés de leurs cages, sont brutalement déroutés au contact d'une nature qui pour eux devient hostile. On les trouve alors généralement n'importe où, parfois aux endroits les plus inattendus! Un chien ne pratiquant que la chasse de ces oiseaux, ne fera pas travailler son intelligence dans sa recherche et sa quête. Il sait bien que ces volatiles peuvent être débusqués partout, qu'importe alors si la recherche est brouillonne et la quête quelconque....

C'est absolument Le contraire qui se passe avec des oiseaux sauvages. Admirez ce chien bécassier qui explore parfaitement son terrain, il court et cherche certes, mais intelligemment . Ses élans le porte vers les places où il devine que la " Belle des Bois" peut faire une halte paresseuse. Il analyse une place chaude, un miroir frai, en tire des conclusions, et prend des initiatives.

Le travail sera identique pour ce grand chien de montagne qui ira chercher les coqs ou encore pour ce magnifique bécassier qui a su tirer profit de ses nombreuses sorties au marais. Ces chiens font travailler leur intelligence en permanence dans la recherche et dans la quête face à des oiseaux sauvages parfois rares. C'est un atout très important pour le chasseur.

D'une utilité incontestable

En aucune façon, les oiseaux d'élevages ne sauraient être un critère de sélection pour nos races de chien d'arrêt. Mais on ne peut toutefois nier leur utilité. Sans eux, la pression de chasse sur les espèces naturelles deviendraient insupportable à de nombreux gibiers, et beaucoup de chasseur devraient par ailleurs laisser définitivement leur fusil au clou. Par ailleurs, le gibier d'élevage ne peut en aucune façon gâcher un chien d'arrêt, sous certaines conditions bien sûr.

D'abord un jeune sujet destiné à chasser du gibier sauvage doit être mis le moins possible au contact des oiseaux d'élevages. Ceci est encore plus vrai pour le futur spécialiste de la bécasse. Quand ces jeunes sujets connaîtront bien les oiseaux naturels, avec leurs ruses, la difficulté qu'il y a parfois à le remonter pour les bloquer, l'intelligence de la recherche qu'il faut déployer, alors n pourra leur faire arrêter ce gibier de tir, mais pas avant. Certains y prendront goût, mais leur esprit restera à jamais imprégné du "scent" naturel. Ils feront toujours la différence entre les deux espèces.

Le vrai chasseur

Il existe quelques chiens au comportement impérial face aux perdreaux, coqs ou bécasses, et qui n'ont jamais su travailler un faisans d'élevage, voulant s'en emparer à tout prix. Si c'est le cas, continuez à vous griser de récitals d'anthologie avec un tel sujet sur du vrai gibier. 

Par contre, à ceux, tentés par un " dressage au bouton" pour les field-trials par exemple, le passage par le gibier d'élevage est absolument indispensable et le rapport d'un lourd faisan fait partie de la discipline.

La plupart des sujets de concours s'y adaptent très bien et, de toute façon, un vrai grand chien doit tout bien chasser, gibier sauvage ou d'élevage.